Extraits d'un article de journal
En Thaïlande, terre de tolérance bouddhiste, les garçons devenus filles peuvent espérer mener une vie normale, bien intégrée dans la société.
Bell - c'est le surnom féminin de Kitchon - a aujourd'hui 17 ans et elle a vécu le plus clair de sa vie en tant que fille. A l'age de 9 ans, elle menaça de déserter les bancs de l'école si on ne l'autorisait pas à se laisser pousser les cheveux. Ses parents finirent par céder et obtinrent le consentement de l'établissement. "Au début, à l'école, je n'avais pas le droit de porter une jupe. Mais je m'en moquais, je suis passée outre, raconte-t-elle. Mon institutrice a fait preuve de compréhension, elle n'a rien dit." Que ce soit dans sa famille, parmi ses professeurs ou ses amis, presque tous ont accepté son identité féminine.
Maintenant que les barrières de la science et de la discrimination sont tombées, serait-il enfin concevable qu'un homme puisse mener selon son choix la vie d'une femme ordinaire?
Le désir de changer de sexe n'est pas plus répandu en Thaïlande qu'ailleurs. La proportion est la même partout dans le monde, mais le phénomène saute davantage aux yeux ici parce que la société est très tolérante. Personne ne se préoccupe de la vie privée des autres, tant qu'elle n'est pas source de problèmes. Le bouddhisme thaïlandais illustre parfaitement cette ambiguïté. Ses livres sacrés dénombrent non pas deux mais quatre sexes.
Bee, 28 ans, est comptable. Son expérience est typique. "Ma famille ne s'est pas mise à me détester. Ils m'ont toujours aimée et s'inquiètent de mon avenir. Ils avaient simplement peur que la société me rejette." Ces angoisses s'estompent cependant à mesure que le phénomène se coule, petit à petit, dans la normalité. L'an dernier, un lycée a retenu l'attention du monde entier en mettant des toilettes "troisième sexe" à la disposition des élèves concernés. La décision n'a soulevé aucune vague d'indignation. Bien au contraire, beaucoup de sont demandé pourquoi les écoles n'étaient pas plus nombreuses à suivre cet exemple.